« L’eveil » ! oui, où non ? réalité ou piège ?

« L’éveil » ! cet objectif si à la mode !! Il est vendu à tout les menu du développement personnel. Il est le pain béni de bon nombre de praticiens du bien-être. Nous croisons des personnes avec un sourire extatique se croyant des « éveillés » et nourrissant leur égo avec cette certitude et d’autres qui bossent, triment, se violentent mentalement pour l’atteindre.
Tout ça pour gagner une clef du bonheur que l’on ne sait pas déjà avoir .

Mais pourquoi être si laborieux ?

AGIR OU NON AGIR ?

L’acte du « non agir » participe quelque part à l’éveil de la conscience selon moi. J’entends par là, le fait qu’il n’est aucunement nécessaire de partir sur une concentration laborieuse pour s’éveiller, bien au contraire ! Il faut avoir une attention pleine et entière afin de réussir à voir l’ensemble, toute la trame, la matrice.  Lorsqu’on se « concentre », nous avons le nez sur un point précis et cela empêche d’y voir clair alors que l’attention ouvre le champ du visible : c’est le principe du non agir, avoir une attention pleine et entière qui guide notre action sans interférence des pensées du mental.

Le fait de « voir », cela n’oblige pas à agir. C’est une des étapes qu’il est intéressant à vivre. Elle se combine avec la notion de responsabilité. Beaucoup de « guides spirituels » vous disent « il faut être responsables, ce qui vous arrive est de votre fait ». Pour être tombée moi-même dans ce piège, je trouve cela vraiment dangereux à dire quand on ne sait pas ce qui constitue les pensées de l’interlocuteur : cela risque d’ouvrir la porte au sentiment de culpabilité qui fausse tout le réel d’une personne de manière astronomique.

Non, nous ne sommes pas responsables si quelqu’un nous fait du mal, NON, nous ne sommes pas responsables si cela génère chez nous de la colère, frustration, peur ou tout autres émotions désagréable.
OUI, nous devenons responsables une fois cette émotion en nous de la prendre en charge. Et c’est là que le VOIR intervient : il nous faut « voir » ces émotions qui sont apparues en nous : sans les comparer, sans les juger, sans les critiquer. Et il nous faut réussir à les déconnecter du fait « d’agir » en fonction des pensées qui seront générées par ce mal être. Agir n’est pas une chose « juste » si elle est connectée à des pensées fruits de ressentis passés négatifs. Toute la difficulté est là : réussir à VOIR et savoir quand l’action sera juste ou non.

LA MEMOIRE ET LE TEMPS

Une autre clef à percevoir selon moi est la notion de la mémoire et du temps.

L’homme, par nature, veut des « certitudes » afin de se sentir sécurisé. C’est pour cela qu’il utilise sa mémoire pour faire émerger des pensées depuis le passé pour comprendre le présent. A chaque événement présent, il se réfère instinctivement au passé pour trouver des certitudes.

Ces « vielles » pensées génèrent des « affirmations » forcément faussées puisque ne sont pas appuyées sur la réalité du présent mais sur une « ZONE DE CONNU » passée.

« Sans notre histoire, nous serions bien » Byron Katie.

Cette citation est très importante car la majorité de nos pensées émergent depuis notre histoire ou nos mémoires cellulaires : elles sont donc forcément inadéquates au présent.

Le cerveau est comme un ordinateur : il utilise ses expériences passées pour comparer, juger et découper : ces pensées nous rendent juges et partie ce qui empêche d’être dans le juste.

S’éveiller sur ce point revient donc à réussir à ne rien évaluer ou surtout comparer dans l’instant.

« Vous n’êtes pas vos pensées, vous êtes celui qui les choisit. » Bramahdev

 

LA FOI OU LES PREUVES ?

« Je ne crois que ce que je vois » C’est une autre des problématiques de notre fonctionnement actuel. Cela implique de limiter nous-même notre vision et de fermer nous-même notre esprit à ce qui est !  Sous prétexte que nous ne le voyons pas. Nous ne voyons pas les ondes, pourtant elles existent, nous ne voyons pas certaines fréquence lumineuses ou sonores pourtant, elles existent.

Une vision limitée, implique une croyance limitée. Rester fermé sur ce point implique forcément une illusion qui nous rassure, certes, mais qui n’est pas la réalité ! Et, s’éveiller, justement, est la capacité à comprendre que nous percevons un « rêve » et non le réel.

« Ce que l’on ne peut pas savoir soi-même finit par arriver à l’extérieur comme un destin » K Jung.

Il nous parle de ce fameux effet miroir de la vie et de cette notion de synchronicité qui se présente à nous.

Si nous attachons notre attention sur ces phénomènes extérieurs, ils sont des boussoles qui peuvent nous permettre de voir de manière plus large en nous.

 

VITE OU LENTEMENT ?

« A chaque jour suffit sa peine ». Faire de son éveil un objectif impératif et urgent pour arrêter de souffrir est en lui-même la preuve que l’on va partir sur des chemins remplis de nouvelles illusions. Voir en soi, sans évaluation, dans son entièreté est un exercice auquel nous n’avons pas été éduqué dans notre société donc, si nous voulons aller plus vite que le grain de sable qui passe un à un dans le sablier :
Soit nous irons faire face à des choses pour lesquelles nous ne sommes pas encore prêt, Soit nous irons « au plus rapide » et donc vers une nouvelle croyance, une nouvelle illusion qui rassurera nos certitudes et donc notre Ego.

Il ne faut pas oublier de vivre, de respirer chaque instant vécu à cause d’un objectif que nous ne pourrons jamais atteindre si nous ne prenons pas le temps du présent puisque c’est justement sa leçon.

 

QUI NOUS PROTEGE ?

Ce que l’on nomme les « gardiens du seuil » sont ces bloqueurs psychologiques qui nous empêchent « d’aller plus loin » dans notre démarche par moment. Parfois, ils ont une représentation matérielle mais, on les rencontre souvent dans nos rêves.

Nos gardiens du seuil veillent sur nous, il y en a quelques petits et surtout un puissant qui nous empêchera de « passer » quoiqu’il arrive si nous n’avons pas préparé notre conscience. Les phases d’éveil, hormis quelques rares exceptions se font par étapes : cela donne l’impression de faire des « bonds » de conscience par moment.

Nous passons un « seuil ». C’est une sorte de passage d’une vie sans liberté à une vie plus responsable qui s’installe tout doucement.

Le premier changement de conscience majeure étant gardé par un bon gardien : son passage permet de ressentir, au-delà de toute description, le fait de posséder en soi un regard neutre qui observe notre vie intérieure.

Le passage considéré ultime possède un « gardien du seuil » encore plus perceptible dans son rôle car, à partir de là, la conscience réalise qu’elle-même est ce regard : l’observateur est l’observé comme aimait a la dire Jiddu krishnamurti.

Ce seuil ne peut être franchi que si la personne est « prête » car à partir de là, il n’y a plus de regard, il n’y a plus de règles externes, il n’y a plus « d’éducation » : c’est la boussole interne qui permet d’être « juste » face aux évènements qui se présentent. Nous n’avons plus de balise pour nous guider : pour exemple, nous n’avons plus à nous retenir moralement de tuer, c’est de l’idée de tuer elle-même dont nous nous libérons donc ; la moralité qui nous interdit de tuer, n’est plus nécessaire. Le gardien du seuil évite à n’importe qui d’entrer dans cette conscience sans « règle » ni balises s’il n’y est pas prêt, ce serait dangereux.

Nous ne parlons ici bien sûr pas de comprendre les étapes avec le mental, ce qui ne serait qu’une illusion de plus mais de les ressentir en conscience avec une attention pleine et entière.

« Tant que tu redoutes d’avoir à diriger toit même ta destinée, tu dois rester devant ce seuil ou te heurter à lui. Tu ne passeras pas. N’essaie pas de le franchir avant d’être affranchi de la peur et d’être prêt à te charger de la responsabilité suprême. » Steiner

L’homme, dans sa grande majorité ne désire pas réellement être Libre !! Tant que cela sera, il ne pourra pas élever sa conscience, il fera semblant.

 

LA MODE, PIEGE DE NOUVELLES ILLUSIONS ?

L’actuel phénomène de mode sur le développement personnel apporte son lot d’avantages et d’inconvénients.

Comment réussir à trouver notre propre chemin d’ouverture spirituelle au milieu du chemin des autres ? Cette « mode » nous offre beaucoup d’outils ou de « méthodes ». Mais, le risque est de tomber dans le chemin d’un autre dans notre soif de comprendre et d’avoir des certitudes. L’opportunité par contre, est de pouvoir trouver plus facilement qu’avant un moyen de nous ouvrir à nous même.

Un des moyens d’éviter d’emprunter le chemin d’un autre est de trouver ce fameux « enfant intérieur » qui nous est propre : cet enfant que nous étions avant de nous faire rattraper par les pensées générées par notre histoire, notre mémoire, notre formatage. Nous reconnecter à nos jeux d’enfance peut nous éviter de vouloir faire « comme les autres ».

Un autre moyen est d’être attentif à nos rêves : ils nous sont propres, ils peuvent nous permettre de sentir si nous partons vers une harmonie véritable ou bien une dissociation par rapport à qui nous sommes.

Avancer avec notre conscience est un chemin bien solitaire, l’avantage de ce phénomène de mode est d’avoir l’opportunité de croiser sur notre route d’autres « chercheurs », de nous sentir moins seul face à cette démarche, ce qui peut aider. Mais, la vigilance est de mise, les vendeurs d’éveil facile parcourent le monde et ils connaissent le langage du mental pour nous rendormir.

« La plus grande partie de la souffrance humaine est inutile. On se l’inflige à soi-même aussi longtemps que, à son insu, on laisse le mental prendre le contrôle de sa vie » E Tolle.

 

POURQUOI SE CROIRE OBLIGE DE SOUFFRIR ?

La souffrance est-elle obligatoire pour se « réveiller » Nous parlons bien sûr de la notion de souffrance psychologique que nous nous infligeons. Personnellement je ne crois pas à cette « obligation » : Bien sûr, les étapes qui sont traversées pour élargir notre conscience sont inconfortables puisque nous devons quitter nos certitudes et mourir à notre passé.
Beaucoup de personnes prennent ce chemin car leur mental leur génères des souffrances bien trop puissantes pour rester supportables. Mais il n’est pas obligatoire d’aller au fond du trou pour marcher en laissant derrière nous le passé pour nous connecter à ce qui est.

C’est pour moi une croyance limitante comme une autre « tu dois souffrir, accepte-le » ! Certaines personnes traversent la vie avec une résilience naturelle qu’ils ne calculent pas car ils ne s’attachent pas à la souffrance au-delà du raisonnable, ce n’est pas forcément un acte « en conscience », mais ils savent le faire, ils savent choisir leurs pensées.

« Le changement n’est jamais douloureux ; seul la résistance au changement est douloureux » Buddha

 

L’IMPERMANENCE ET LA VIGILANCE

L’impermanence de l’éveil est aussi à prendre en compte. Beaucoup de gens veulent pouvoir dire « ayé, je suis éveillé ».

Croire que c’est un objectif comme un diplôme qui aurait valeur pour le restant d’une vie est une des erreurs classique. Nous en revenons au besoin de certitude de l’homme. L’éveil participe au fait d’entrer dans l’incertitude et il n’est pas permanent : « l’esprit est difficile à maitriser et instable » buddha.

S’éveiller ne veut pas dire que notre vie va se transformer par magie à jamais : un dicton zen nous dit :

« Avant l’éveil, coupe le bois et transporte l’eau. Après l’éveil, coupe le bois et transporte l’eau. »

Quand vous devenez éveillé, vous n’êtes pas libre d’engagements. Ce que vous êtes, c’est que vous apprenez comment rester en paix dans toutes les situations. Encore faut-il faire attention à ne pas laisser le mental nous attacher à nouveau.

 

Une petite histoire pour finir :

Il y avait un homme dans un petit village, il servit les villageois, fit son travail et pensa alors qu’il voulait maintenant faire quelque chose pour lui. Il a alors pensé à la méditation et à dédier sa vie à la spiritualité. C’est alors qu’un maître est arrivé dans le village.
Il alla alors voir le maître pour lui expliquer qu’il a choisi de dédier sa vie à la spiritualité. Il lui demanda des instructions pour devenir un être éveillé, pour obtenir une réalisation spirituelle. Le maître fut ravi et lui donna des instructions, des techniques, des enseignements….
L’homme était très heureux et alla dans une grotte pour pratiquer comme le maître le lui a expliqué. Et il essayait ainsi d’obtenir une réalisation spirituelle.
20 ans s’écoulèrent et rien ne se passa……
Il avait l’impression que tout était pareil depuis ses débuts. Il songea à arrêter un peu découragé : puis le même maître qu’il avait rencontré 20 ans plus tôt apparu de nouveau dans son village. Il alla le voir. Il demanda au maître s’il se souvenait de lui. Le maître ne se souvenant plus très bien, il lui expliqua son histoire et leur rencontre 20 ans plus tôt quand il était venu lui demander des instructions.
Il demanda alors au maitre : « j’ai pratiqué pendant 20 ans, j’ai utilisé vos instructions, vos techniques. Je suis toujours au même point. Est-ce que je fais quelques choses de façon incorrecte ?»
Le maître lui demanda de lui expliquer à nouveau les instructions pour lui rafraîchir la mémoire. Une fois que l’homme lui expliqua, le maître secoua la tête pour lui dire que les instructions sont complètement fausses.
L’homme fut naturellement déçu après avoir passé 20 ans à pratiquer avec des instructions fausses. Il repartit en réfléchissant à d’autres options pour sa vie puis comme il avait passé 20 ans à faire la même chose encore et encore, il n’avait pas vraiment d’autre choix que de continuer à faire encore la même chose.
Il retourna à sa grotte pour méditer. Il fit alors la même chose mais cette fois sans aucune attente particulière. A sa grande surprise, le jour suivant il atteignit l’état d’éveil.
Il alla voir le maître et lui dit « vos instructions n’étaient pas fausses, pourquoi m’avez-vous dit qu’elles étaient fausses ? »
Le maître lui répondit : « Parce que tu avais de grandes attentes pour devenir éveillé. Quand tu appliques mes techniques, tu crées une tension, une lutte. Tu fais cela avec un fort attachement. Quand je t’ai dit que tout était faux, tu l’as juste fait parce que tu aimais le faire, pas parce que tu voulais obtenir quelque chose de particulier. »
Voila le truc.

 

Namasté

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